Portraits de femmes : Patricia Strecker d’Amant

Inès Corinto

 

Sur mon chemin j’ai la chance de faire des rencontres magnifiques, bienveillantes. La femme dont je vais vous dresser le portrait est l’une de ces rencontres. J’ai beaucoup d’admiration pour elle et encore plus maintenant qu’elle m’a raconté son histoire.

            Patricia est née en 1970 dans une famille nombreuse qui l’a baigné dans une mixité musicale, radio allumée en permanence, allant de Jacques Brel aux Rolling Stones. Elle se définit comme ayant été une petite fille avec un fort caractère. Elle est bélier ascendant bélier ceci pouvant peut être expliquer cela, me dit-elle en souriant. Dès le départ elle a été une petite fille déterminée. Lorsqu’elle souhaitait quelque chose si l’un de ses parents lui refusaient elle allait demander auprès de Gilbert et Michel, ses frères et Josyane sa sœur, jusqu’à ce qu’elle obtienne ce qu’elle souhaite. A partir de 1980 ses neveux et nièces naissent, seulement dix ans d’écart avec elle. Après ses très grands frères et sa sœur de 13 ans son ainée, ce sont comme si de nouveaux frères et de nouvelles sœurs arrivés. Le bonheur !

Dans son entourage la nourriture est un code de partage faisant d’elle une jeune fille avec des rondeurs. Elle a connu une période difficile où elle n’a pas été très épanouie. Consciente de sa différence « incarnée » par ses kilos en trop elle fait le choix de ne pas se lamenter sur elle-même. Elle décide d’affirmer son identité et d’aller vers ceux qui l’acceptent telle qu’elle est. A partir de là elle commence à s’engager au sein d’associations.

Vers l’âge de 15-16 ans elle rencontre dans un bar une personne importante sur son chemin, Denise, une éducatrice spécialisée du CMSEA avec qui elle s’investit sur de multiples actions et projets. Elle rejoint la Jeunesse Etudiante Catholique puis la Jeunesse Communiste Révolutionnaire – le grand écart ne lui fait pas peur – afin de s’engager dans la vie politique de sa ville. En dehors des associations et du foyer rural de son village natal Laquenexy, un autre lieu devient récurrent dans sa vie : les bars. Elle a commencé à les fréquenter avec son père, un grand joueur de tarot qui l’emmenait avec lui. Elle me raconte alors qu’elle se souvient d’elle toute petite fille (à l’âge de 3 ans environ) à moitié endormie sur un tas de manteaux, sous la table, avec une partie acharnée se déroulant juste au-dessus de sa tête.

A 17 ans elle se rend à son premier bal folk à la Foire Internationale de Metz où le groupe Sans Gain est alors en concert. Avec culot elle interpelle un jeune homme à qui elle demande de la raccompagner chez elle. La nuit n’est alors pas finie pour ces jeunes gens qui ont une longue conversation nocturne. A l’époque il n’y avait pas de portable : il lui dit qu’il reviendra. En effet il tient parole et revient la voir. Ainsi débute l’histoire de Patricia et Philippe. Les amoureux s’installent, ils se marient en 1991. Pendant ces années-là Patricia fait des études à Nancy, elle obtient en 1993 son diplôme d’éducatrice spécialisé. Elle effectue son stage long à l’association AIDES. Son stage s’étant bien passé elle décroche son premier vrai boulot chez eux. Elle me confie que ça été bien plus que cela car elle y était en tant que salariée mais aussi comme bénévole, volontaire, amie, confidente… Elle y a fait de nombreuses rencontres enrichissantes et a accompagné vers la mort beaucoup de personnes chères à son cœur. Philippe crée sa société. Elle travaille avec lui, et continue à le faire même après leur divorce. Leurs vies n’étaient pas compatibles. En 1997 elle rencontre Pascal, son meilleur ami. Aujourd’hui leur amitié perdure toujours.

A 27 ans elle perd son père Joseph. Les derniers mots qu’il lui laisse et qui la marque a jamais sont : « Faut rien lâcher, jamais ».

2001 elle décide de mettre fin à la collaboration avec son ex-mari et retourne à Metz. Elle suit une formation d’adjointe PME-PMI à la CCI de Moselle et obtient ensuite un poste de manager dans les assurances. Elle intègre le Conseil Economique et Sociale Local de la Ville de Metz, instance de démocratie participative, ainsi que le Club des Orateurs Messins où elle a été membre puis présidente. Les années 2000… Patricia est une femme libre qui s’amuse, qui fait beaucoup de rencontres. Néanmoins cet amusement est modéré par des contraintes familiales. Sa mère est malade elle a besoin d’elle a son chevet. Juste avant le décès de sa maman Marcelle elle retrouve le premier amour de ses 17 ans, Yann. Quelques temps après Patricia et Yann s’installent ensemble. A l’occasion d’un grand repas de Noël en famille, elle annonce qu’elle est enceinte. 10 août 2010, Soazig née.

« Le plus beau cadeau du monde pour mes 40 ans » me confie-t-elle.

En 2011 elle se présente à un entretien à la ville de Metz pour le poste qu’elle occupe actuellement. Dans le bus du retour, son portable sonne. Sa gynécologue lui apprend une très mauvaise nouvelle ; cancer, le mot est lâché. Ce jour-là elle est touchée en plein cœur de sa féminité, in utéro. Deux événements importants le même jour. Elle décide d’être pleinement honnête avec son futur nouvel employeur en lui signalant ce qui lui arrive. Ils confirment leur accord, elle commence à jongler entre son travail, son nouvel appartement où elle s’installe avec Soazig, et ses soins. Radiothérapie chaque soir à 19h, cinquante-cinq fois, onze séances de chimiothérapie les vendredis après-midi de RTT. Elle n’a jamais manqué un jour de travail. A aucun moment elle n’a voulu se définir par rapport à sa maladie. Octobre 2016, fin de la période de rémission, victoire sur le cancer.

Depuis toujours elle est convaincue que l’être humain a intérêt à « rêver grand ». Faciliter la mise en relation entre les gens c’est sa force. Elle est fière et aime bien que cette force du réseau passe par elle. Elle croit en la sérendipité.

Sa devise : « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux » Antoine de Saint-Exupéry – Le petit prince

Aujourd’hui Patricia est une femme rayonnante, incarnée. Amie/amante d’un géant tout doux, maman de Soazig, chargée de mission à la vie étudiante, tutrice de deux volontaires en service civique, elle accompagne les jeunes dans leurs projets professionnels et de vie.

Et les moins jeunes, le nouveau projet dans lequel elle s’investit « Le Bel être » le lui permettant.

Et d’autres projets viendront. La vie en somme.

Inès Corinto

 

Inès Corinto

Author Inès Corinto

Ines CORINTO est une jeune une jeune artiste qui s’exprime au travers de différentes formes artistiques(vidéo, danse, performance, écriture, etc.). Pour elle tout a commencé très tôt. Son premier amour a été l’écriture et suivi de très près par la danse qu'elle a découverte à l’âge de 5 ans. Elle a découvert le goût de la peinture en 2015 quasiment en même temps que la découverte des performances artistiques.

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